21 juin 1990
Je ne suis pas née à cette époque où Bruxelles chantait. Les meilleures années furent passées. En juin nonante, les problèmes du réchauffement climatique n'existaient pas, c'était le temps où les caractéristiques des quatre saisons étaient encore mémorables. Sur toutes les radios on annonçait l'été, les gens étaient enchantés de savoir que la magnificence des jours ensoleillés allaient enfin recommencer. Ce jour là, rares étaient les gens malheureux. Mais malgré tout, mes parents demeurèrent tout de même les plus heureux de la terre.
Ce matin là, à l'aube, ma mère était couchée dans un des lits à la clinique St Anne à Anderlecht, la chambre était assez grande pour accueillir un grand nombre de personnes. Son ventre rond était immense, comme un ballon baudruche gonflé à bloc et prêt à exploser. L'accouchement allait bientôt se dérouler après quatre jours de retard. On me regardait à l'écran pour la dernière fois, les pulsations de mon c½ur allaient parfaitement bien et ma respiration était également très bonne. Je baignais donc encore dans ce liquide amniotique qui m'apportait bonheur et chaleur. Jamais l'envie de sortir de ce paradis ne me vînt à l'esprit, sortir de ce jardin d'Eden m'était même impensable. Pourtant je réalisais que dans quelques heures, la fin serait proche. Jamais je n'imaginais ma sortie de cet endroit. Le passage à une autre vie, pour aller où? Quel désastre...
J'étais là, repliée, sur moi-même, je ne pouvais plus culbuter dans tout les sens, je ne me posais point de question, j'ignorais ce qui allait m'arriver. Mes neurones pouvaient à présent entrer en connexion. Mes papilles gustatives fonctionnaient, c'étais merveilleux de pouvoir ressentir une telle saveur en étant nourri. Mes yeux ouvert, je passais de l'ombre à la lumière. Des sons me parvenaient dans lesquels une voix m'était devenu plus particulièrement familière. Je ne bougeais plus je commençais à me sentir trop petite, compressée. Quel paradoxe, c'est moi qui ne voulais pas sortir de ce petit coin unique, et par manque de place, je poussais avec ma tête contre la paroi osseuse de l'utérus. J'entendais la voix d'un homme tout près de moi. Sans le vouloir je glissais lentement, vers nul part. J'étais complètement écrasée, ma respiration devenait haletante. Je sentis alors une matière étrange et très curieuse sur mon crâne, quelque chose de nouveau qui m'était inconnu, cela me perturbait, je ne voulais plus sortir, j'étais prise d'angoisse. Mais je ressentais une pression, une charge qui me forçait à avancer. Alors je continuais, les yeux fermés. Toute ma tête fut prise dans cette matière étrange. Quelle frigidité, ma tête était dehors, je passais à autre chose J'étais comme les serpents qui se débarrassent de leur ancienne peau. Un partie glacial, et une autre torride. Mon corps était en totale opposition. Des frissons me parcouraient tout le long du corps afin que la température de mon corps soit semblable partout. Enfin mon corps finit par sortir entièrement. J'étais soulagée que cette torture soit terminer. Le docteur Bayot, me donna à ma mère. Je reconnaissais sa voix, elle était beaucoup plus portante qu'avant. Ensuite, la sage femme me reprit pour aller me laver. Elle me passa sous un liquide chaud, elle me lavait lentement, avec tant de prudence. Je ressentais en moi son expérience. Elle me parlait, mais je ne comprenais pas un mot de son charabia. Ensuite on m'a posé dans le berceau, mon père m'a pris, puis toute la famille est passée. Chaque phrase que j'entendais, était exprimé avec exclamation « ma que bella » « Loredana » « Oh les même yeux de son papa». Ca devenait insupportable, mais malgré tout j'étais plongée dans mon sommeil. Je tenais très souvent leur gros doigt dans ma main. Je ressentais différents types de mains, froides, rêches, humides, grasses, ... Les miennes étaient les plus douces. Le lendemain le docteur me reprit en mains et alla me peser 4 kg 110, disait il, et 54, 5cm. Un gros bébé, malgré des parents très minces. Après trois jours à l'hôpital, nous sommes rentrés à la maison.